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66th IFLA Council and General
Conference

Jerusalem, Israel, 13-18 August

 
 


Code Number: 007-153-F
Division Number: II
Professional Group: Biological and Medical Sciences Libraries
Joint Meeting with: -
Meeting Number: 153
Simultaneous Interpretation:    Yes

Faire de la soupe de cailloux : la coopération entre les bibliothèques,responsabilité ou nécessité professionnelle ?

Lois Ann Colaianni
Formerly, National Library of Medicine
USA


Paper

Mon intervention concerne le partage des ressources et la coopération entre les bibliothécaires en médecine. Je commencerai par illustrer ce thème grâce à une histoire, puis j'examinerai rapidement le dilemme qui peut se présenter aux professionnels entre se consacrer à ses propres lecteurs et en aider d'autres. Enfin, j'évoquerai quelques méthodes classiques de partage des ressources, qui améliorent le service rendu à ses propres lecteurs tout en aidant les autres et qui illustrent les effets positifs de l'environnement Internet/Web sur le travail en coopération. Je terminerai par quelques observations tirées de ma propre expérience.

L'histoire est la vieille fable populaire de la " soupe de cailloux ". Elle est connue dans ses grandes lignes par de nombreuses personnes en Europe et aux États-Unis. Il existe peut-être une histoire équivalente au Moyen-Orient. Il y en a plusieurs versions, mais les principes sous-jacents de la préparation de la soupe de cailloux restent les mêmes. La version que j'utiliserai aujourd'hui commence par le départ pour la ville d'une jeune fille qui doit gagner de l'argent : ses parents sont de pauvres fermiers qui ne peuvent plus nourrir trois personnes avec leur maigre récolte. Sa mère lui prépare, entre autres, du pain et du fromage pour le voyage, et la jeune fille s'en va à pied. Cependant, la ville est plus éloignée qu'elle le croyait. Plusieurs jours passent, elle est fatiguée, ses vivres s'épuisent et elle a très faim. Elle demande aux habitants des villages qu'elle traverse de lui donner quelque chose à manger, mais tous refusent de lui faire l'offrande ne serait-ce que d'un croûton de pain. En fait, les villageois ont caché leurs réserves de nourriture pour éviter qu'on les leur dérobe, car il est manifeste qu'ils ont de quoi manger, même si c'est en quantité réduite. Toutefois, ils refusent de partager ne serait-ce qu'une infime partie de ce qu'ils possèdent. Le désespoir de la jeune fille grandit. Sans nourriture, elle n'a plus la force de marcher, et elle comprend qu'elle ne parviendra jamais à rejoindre la ville si elle ne trouve pas rapidement de quoi manger. Épuisée, elle s'installe sous un arbre, au bord du chemin, à quelques encablures d'un petit village. Comme elle contemple tristement le chemin caillouteux, elle a une idée : puisque les villageois affirment qu'ils n'ont pas assez à manger pour eux-mêmes, elle leur proposera de faire de la soupe de cailloux pour tout le village. Elle leur demande de lui fournir une grande marmite, de l'eau et un endroit pour installer le foyer. Les villageois n'ont jamais entendu parler de la soupe de cailloux et se demandent comment une telle chose est possible, mais ils acceptent et lui apportent une marmite et de l'eau tout en l'aidant à allumer le feu. Elle trouve plusieurs pierres de la bonne taille et les dépose dans l'eau bouillante sous les yeux de quelques habitants. Au bout d'un moment, elle leur dit qu'il faut ajouter du sel pour réussir la soupe, et un villageois en offre de son plein gré. D'autres villageois viennent regarder. Elle explique que ces genres de pierres font une soupe savoureuse, mais que des carottes lui donnent un goût excellent, et, aussitôt, des villageois apportent des carottes, puis des pommes de terre, et, par la suite, des choux et des oignons. Elle indique que si la soupe contenait du buf, elle serait digne de figurer à la " table d'un homme riche ". Les villageois sentent le délicieux arôme que diffuse la marmite et s'émerveillent que des cailloux puissent donner une aussi bonne soupe. Quelqu'un propose de fournir le buf, et, peu après, elle déclare que la soupe est prête et qu'elle conviendrait à un " homme riche ".

Elle invite les villageois à partager la soupe. Ils se dépêchent d'installer des tables, de chercher des bols et des cuillères. Certains apportent du pain et du cidre. Bientôt, tout le monde est assis autour des tables et déguste un excellent repas, dont la soupe de cailloux constitue le plat principal. Tout le monde est plein de bonne volonté, et, après le repas, les villageois chantent et dansent. Ils invitent la jeune fille à rester pour la nuit. Le lendemain matin, ils lui offrent le petit déjeuner et de la nourriture pour la route. Les villageois se rassemblent pour lui dire au revoir et la remercient. L'un d'entre eux dit : " Nous n'aurons plus faim maintenant que nous savons comment faire de la soupe avec des cailloux ".

La morale de l'histoire est que, si suffisamment de gens partagent leurs ressources, même si la contribution de chacun est minime, tout le monde y trouvera son compte. Même si leurs collections sont parfois peu importantes, et même si les institutions qui les hébergent sont parfois concurrentes, les bibliothécaires spécialisés dans le domaine médical, partout dans le monde, partagent leurs ressources pour le plus grand bénéfice de tous. Aux États-Unis, c'est une tradition depuis plus de cent ans. Peu à peu, le partage de ressources en est venu à faire partie de la responsabilité professionnelle des bibliothécaires. Je ne connais aucune bibliothèque médicale qui puisse satisfaire tous les besoins de ses lecteurs dans les domaines des soins aux patients, de la recherche, de l'éducation ou de l'administration. Sans doute, les grandes bibliothèques sont-elles moins dépendantes de ce système que les autres, mais les bibliothécaires de ces établissements se sentent d'ordinaire tenus de partager leurs ressources, tant avec d'autres grandes bibliothèques qu'avec de plus petites implantées localement. Ce faisant, ils doivent trouver un moyen de ne pas désavantager leurs propres lecteurs, par exemple en faisant des photocopies d'articles au lieu de communiquer l'original du périodique : cela leur permet de continuer de le proposer à leurs lecteurs. La bibliothèque prépare des photocopies d'articles ou de chapitres et les envoie en réponse à des demandes. Elle fait souvent payer les photocopies afin de compenser le coût du papier, de la maintenance de la photocopieuse, et les frais postaux. Ce prix est déterminé à l'avance et représente le coût moyen de dix pages. La bibliothèque qui fait une demande sait ainsi à l'avance ce qu'il lui en coûtera, et les bibliothèques qui fournissent des documents compensent les dépenses occasionnées par le partage des ressources.

Je travaille dans une bibliothèque d'hôpital qui est abonnée à 100 titres de périodiques et dispose d'environ 600 ouvrages. Je demande chaque jour la reproduction de 2 à 4 articles parus dans des périodiques auxquels la bibliothèque n'est pas abonnée, mais qui sont disponibles dans d'autres bibliothèques médicales de la région. Chaque jour, d'autres petites bibliothèques médicales me demandent la reproduction de 2 à 4 articles tirés des périodiques auxquels ma bibliothèque est abonnée. Ce prêt entre bibliothèque est une manière basique, mais très développée, de partager des ressources, qui profite aussi bien aux usagers de ces bibliothèques qu'à leurs patients. Comme les bibliothécaires d'autres institutions médicales, je consacre chaque jour une partie de mon temps à partager les ressources de mon institution. Mon activité est répétée des centaines de fois chaque jour à travers les États-Unis. Chaque jour ouvré, MEDLIB-L, une liste de discussion pour les bibliothécaires en médecine parrainée par la Medical Library Association, reçoit environ 40 sujets de débats ou demandes de reproductions d'articles, de conseils sur le management des bibliothèques, de références bibliographiques. Des bibliothécaires qui ont besoin de trouver l'exemplaire d'un périodique dans lequel se trouve l'article réclamé par un lecteur, de savoir comment effectuer une recherche sujet sur PubMed, ou de répondre à la question d'un usager, déposent leurs demandes sur MEDLIB-L. Dans presque tous les cas, au moins un autre bibliothécaire y répond le jour même ! Des questions récemment posées sur MEDLIB-L ont porté sur la sélection de scanners, sur la recherche dans PubMed d'articles sur " l'état de l'art ", sur la localisation d'un médecin dans une institution particulière d'un autre pays, sur l'information de référence, sur les politiques de soin, etc. D'une certaine façon, MEDLIB-L permet aux bibliothécaires en médecine de faire de la " soupe de cailloux ". Tout le monde partage ses ressources, tant matérielles qu'intellectuelles, avec ceux qui en ont besoin. De cette manière, les bibliothécaires en médecine de tout le pays sont plus à même de venir en aide à leurs lecteurs et à leurs patients ; les bibliothécaires eux-mêmes en profitent car ils enrichissent leurs connaissances.

Le partage de ressources n'apparaît pas spontanément. Comme dans la fable de la soupe de cailloux, quelqu'un doit lancer le mouvement. Si les villageois voulaient préparer régulièrement de la soupe de cailloux, ils devraient se mettre d'accord sur la périodicité, et, peut-être, sur la façon dont chacun y contribuerait. C'est la même chose avec le partage de ressources. Plusieurs bibliothécaires doivent se regrouper et décider de ce qu'ils peuvent mettre en commun. Il est important de définir une ligne directrice. Certains bibliothécaires peuvent être prêts à faire des photocopies d'articles ; quelqu'un d'autre peut cataloguer un grand nombre de livres et accepter de partager ces données bibliographiques ; si une bibliothèque possède une collection très riche mais ne dispose pas d'assez de personnel pour reproduire des articles, il peut être nécessaire de trouver un moyen de financer ou de détacher du personnel pour fournir ces reproductions à d'autres. Il faut également mettre au point un moyen rapide et pratique par lequel un bibliothécaire pourra prévenir les autres qu'il a besoin d'une information ou d'une reproduction d'article, et qui lui permettra ensuite de leur signaler que sa demande a été satisfaite afin qu'ils ne perdent pas leur temps et leur énergie à multiplier les réponses. Des lignes directrices doivent être définies afin de garantir la qualité du service. Si vous faites des reproductions d'articles, tous les participants doivent s'engager à les envoyer dans un délai de 2 ou 3 jours. Si vous partagez des données de catalogage, il faut se mettre d'accord sur une norme unique. Organiser une ou plusieurs réunions annuelles pour faire le point peut aider de petits groupes qui partagent des ressources à l'échelle d'une région : quels problèmes les participants rencontrent-ils, si tant est qu'ils en rencontrent ; l'accord conclu doit-il être modifié ? Par exemple, si l'on reprend l'exemple de la soupe de cailloux, tout le monde ne doit pas apporter des oignons et négliger les autres ingrédients.

Les modalités de partage des ressources les plus souvent utilisées par les bibliothécaires dans le domaine médical sont :

  • la fourniture de reproductions d'articles de périodiques ; la réponse à des questions portant sur le management de la bibliothèque et de ses services ;
  • la fourniture de données bibliographiques pour des livres, des périodiques et des documents audiovisuels.
Il existe d'autres moyens. Certaines bibliothèques participent au partage de ressources en indexant les périodiques de la région dans une base de données régionale à laquelle une seule institution fournit l'accès. Dans cet exemple, un bibliothécaire accepte d'indexer un ou plusieurs périodiques locaux, publiés en général par son institution ou dans sa région, et de reverser les descriptions et les termes d'indexation au fournisseur de la base de données. Dans ce cas, il est important que les bibliothécaires qui indexent le fassent en utilisant un thésaurus contrôlé et un format de citation standard, et qu'ils transmettent les données à temps et de manière fiable.

Si une bibliothèque souffre de contraintes en matière d'espace, il est à la fois impossible et peu pratique de conserver d'importantes collections rétrospectives. Certains bibliothécaires se réunissent et se répartissent entre eux les titres plus anciens ou peu consultés. Tous les bibliothécaires du groupe s'engagent à conserver ces documents et à les communiquer par l'intermédiaire du prêt entre bibliothèques. Ils peuvent alors retirer les volumes dont quelqu'un d'autre est chargé puisqu'ils savent qu'un de leurs collègues est en mesure de leur fournir une photocopie de ces articles si le besoin s'en fait sentir.

Internet a rendu le partage des ressources plus facile. Un groupe de bibliothécaires en médecine peut mettre sur pied une liste de diffusion comme MEDLIB-L pour envoyer des demandes à chaque membre du groupe. De petits groupes n'ont pas besoin de systèmes aussi sophistiqués que le DOCLINE de la National Library of Medicine. Le groupe peut ne pas avoir besoin d'un équipement en logiciels complexes ; toutefois, ses membres doivent se mettre d'accord sur ce qu'ils partageront et se donner une ligne directrice. Les bibliothécaires peuvent calculer l'argent que permet d'économiser le partage de ressources par l'intermédiaire d'Internet, et s'en servir comme argument pour obtenir le financement d'une connexion à Internet à la bibliothèque. Bien d'autres raisons peuvent le justifier, mais celle-ci peut être quantifiée en dollars, et les critères de rentabilité résonnent souvent de manière très convaincante aux oreilles des administrateurs. Il est d'ailleurs important de se rappeler que le partage de ressources coûte en effet de l'argent.

Internet et le web ont également ouvert de nouveaux domaines aux initiatives de partage de ressources. Mary Riordan et Gerald Perry ont recensé trente exemples de travaux en coopération dans leur article paru en 1999 dans le Bulletin of the Medical Library Association. J'en mentionnerai deux. Le premier est la responsabilité partagée du développement d'une liste de sites web importants et de très grande qualité sur l'information en Santé. Il y a tellement de sites qui contiennent de l'information dans ce domaine qu'un seul bibliothécaire ne peut être constamment à jour. Les moteurs de recherche commerciaux ne permettent pas de repérer les sites web de manière totalement fiable, et ils n'en font pas une évaluation critique. Un seul bibliothécaire ne peut les évaluer seuls. Certains groupes de bibliothécaires ont décidé de se répartir entre eux l'évaluation des sites et d'en partager les résultats. Chaque bibliothécaire, ou les bibliothécaires d'une institution, prennent en charge un ou plusieurs domaines. Ils se mettent d'accord sur les critères à utiliser pour mener leur évaluation, sur les rubriques qui seront utilisées pour décrire le site, et le format dans lequel sera diffusée l'information. Ensuite, les bibliothécaires lisent régulièrement des journaux et cherchent des sites web qui portent sur le domaine qui leur est échu. Leur critère de sélection est la qualité. Le site web de la National Library of Medicine pour MEDLINEplus recense les critères de sélection de sites. Ces critères peuvent être utilisés tels quels, ou bien adaptés selon vos propres besoins. Il est important que le bibliothécaire responsable du domaine passe régulièrement en revue les sites sélectionnés pour s'assurer que leur adresse n'a pas changé et qu'ils remplissent toujours les critères exigés. Alors, si certains groupes font déjà ce travail, pourquoi ne pas utiliser leurs résultats ? Dans certains cas, ce sera possible, mais dans d'autres, vous voudrez élaborer votre propre sélection de sites web parce que vos critères ou vos centres d'intérêts seront différents : vous voudrez peut-être mettre l'accent sur certaines approches religieuses ou philosophiques, sur certaines maladies ou sur certaines zones géographiques.

Un autre nouveau domaine dans lequel la coopération s'avère très utile est celui de la maintenance d'une liste de titres de périodiques ou de ressources de référence, comme le Physicians Desk Reference, qui proposent gratuitement un accès en ligne au texte intégral. Les titres, les adresses internet et les dispositions qui donnent accès au texte intégral changent sans cesse. Dans ce cas précis, chaque bibliothécaire se charge d'une matière ou d'une partie de l 'alphabet. Ils se mettent d'accord sur le format du résultat final, y compris sur l'information qui sera fournie. Par exemple, en plus du titre du journal et de l'adresse du site web, il est pratique de savoir quelles années sont disponibles en texte intégral et s'il y a des conditions d'accès particulières. Le résultat final est d'habitude présenté dans l'ordre alphabétique des titres de périodiques. C'est un projet qu'un bibliothécaire peut mener à bien tout seul, mais, tôt ou tard, la plupart des bibliothécaires se rendent compte qu'ils ne peuvent pas le maintenir à jour ; il vaut donc mieux répartir ce travail, même entre un groupe restreint.

Il y a plusieurs années de cela, en visitant les bibliothèques d'écoles médicales d'un certain pays, je remarquai qu'aucune de ces bibliothèques ne fournissait un service de prêt entre bibliothèques. Il existait des listes de périodiques, et elles disposaient toutes de la compilation de ces listes. Mais elles n'obtenaient jamais la photocopie d'un article d'une autre bibliothèque. Quand je discutai avec le corps enseignant de l'école de bibliothécaires dans laquelle la plupart de ces professionnels avaient obtenu leur diplôme, je leur demandai s'ils leur apprenaient à partager leurs ressources par le biais du prêt entre bibliothèques. La réponse fut, bien entendu, qu'ils le faisaient. Le décalage entre l'enseignement et la pratique me fut expliqué ainsi : " A l'école, nous enseignons la théorie et l'essence du métier ". Le partage de ressources doit être pratiqué pour être utile. La jeune femme de l'histoire de la " soupe de cailloux " serait peut-être morte de faim si les villageois n'avaient pas offert de la nourriture. J'exerce le métier de bibliothécaire depuis trente-quatre ans ; pendant cette période, j'ai visité des centaines de bibliothèques qui étaient impliquées dans le partage de ressources. J'ai activement participé au partage de ressources pendant toute ma carrière, et j'ai constaté que le partage des ressources en était l'un des aspects les plus gratifiants, et parfois les plus frustrants. Si, en ce moment, vous ne partagez pas encore de ressources avec d'autres bibliothécaires dans le domaine médical, je vous exhorte à réfléchir à la morale de l'histoire de la soupe de cailloux et à songer à un ou deux moyens de partager des ressources avec un collègue : vous en tirerez le plus grand profit pour vous et vos lecteurs.

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