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65th IFLA Council and General
Conference

 

Bangkok, Thailand, August 20 - August 28, 1999

L'importance de la tradition orale pour les enfants : cas des pays du Sahel.

Mbathio Sall
Bibliothèque lecture Développement
Dakar, Sénégal

Paper:

INTRODUCTION

Pendant longtemps, l'Afrique a été considérée comme un continent barbare, car ne possédant pas d'écriture largement répandue.

En effet, selon les européocentristes de l'époque, "l'acte écrit est le support principal qui intervient dans la fixation des réalisations jugées fondamentales". Dès lors, les sociétés africaines n'étant pas caractérisées par l'écrit, l'existence d'une histoire africaine devient improbable, les sources orales n'étant pas dignes de foi.

Les africains ont multiplié investigations sur investigations, et ont pu trouver des preuves vérifiant la thèse de la tradition orale comme une des sources de l'histoire africaine.

Depuis, nous assistons à un véritable regain d'intérêt des "sociétés détenant le monopole de l'écriture" pour l'histoire de l'Afrique, en particulier pour la tradition orale dont ils veulent désormais connaître toutes les valeurs, tous les enseignements.

Le thème choisi pour ce pré-séminaire longtemps après que la polémique tradition orale-écriture soit dépassée n'en est-il pas une illustration ?

Dans cette communication sur l'importance de la tradition orale pour les enfants : cas des pays du Sahel, nous nous efforcerons de traiter de la tradition orale en Afrique, du rapport enfants africains et tradition orale, avant d'insister sur les valeurs véhiculées par la tradition orale et de proposer des perspectives pour une cohabitation possible de la tradition orale et de la culture moderne .

I- La tradition orale en Afrique

Parmi les nombreuses définitions de la tradition orale, retenons la suivante: "La tradition orale est l'ensemble de tous les types de témoignages transmis verbalement par un peuple sur son passé" 1. C'est dans ce contexte que le pluriel est souvent utilisé : traditions orales.

1.1- Le contenu de la tradition orale

Le contenu de la tradition orale africaine se caractérise par une grande diversité : annoncer les genres qui suivent.

a) Le conte et la fable

Le conte est l'élément le plus connu de la tradition orale. Il est généralement défini comme un récit d'aventures imaginaires à vocation didactique.

Il est populaire, c'est-à-dire créé par et pour le peuple: il naît et vit de la collaboration entre le peuple auditeur et le conteur respectueux de son idéologie, de sa culture. Traditionnel, il se transmet oralement de génération en génération. Il dépend étroitement de la culture et de la géographie physique du peuple qui l'a produit.

Il est généralement dit aux jeunes par les anciens, à la tombée de la nuit. Parmi les nombreuses explications sur le moment d'énonciation du conte, retenons celle ci: "La nuit est plus propice au rêve et à l'imagination créatrice, et l'esprit est plus libre après les travaux et les soucis diurnes"2.

La fable ne diffère pas tellement du conte. C'est un récit imaginaire ou mythologique destiné à illustrer un précepte. Le récit, souvent court et humouristique, peut être assimilé à une anecdote.

b) Le mythe

Le mythe est une longue narration qui est objet de solide croyance pour le peuple qui l'a produit. En effet, à la différence du conte dans lequel le partage du réél et de l'irréél tend à s'équilibrer, le mythe, lui, est intimement lié au surnaturel. Dans l'Afrique traditionnelle le mythe est considéré comme "la parole sérieuse" de laquelle on n'ose pas douter. Ainsi, dès que le mythe commence à se désacraliser, il peut être considéré comme une légende. Il a lontemps été réservé à des auditoires choisis, à des cercles d'initiés, jusqu'à la disparition des religions auquel il était lié.

c) L'épopée et les généalogies

L'épopée ou encore récit épique relate les exploits de héros qui ont rééllement existé et qui ont joué un rôle prépondérant dans l'histoire d'un peuple, d'une ethnie. Leurs aventures ont été embellies de façon à créer des modèles pleins d'enseignement (Samba Guéladio Diégui par exepmple).

Les généalogies sont l'histoire détaillée d'une dynastie, d'un peuple. Destinées à plaire, l'épopée et les généalogies sont souvent chantées par les griots ou dites au son d'un instrument de musique. Elles peuvent fournir des chiffres et des dates aux historiens, ainsi que des listes de noms.

d) Proverbes, devinettes et énigmes

Les proverbes sont des vérités imagées auxquelles le conte sert le plus souvent d'illustration. Certains conteurs disent le proverbe avant de le développer à l'aide du conte. Les proverbes sont souvent dits aux jeunes par les anciens, qui aiment de nos jours encore en orner leur discours : ils connotent l'éloquence et la sagesse.

Les devinettes et les énigmes sont du genre "jeu de cache-cache par la parole" auquel se livrent grands-parents et petits-enfants. Dans certaines sociétés, elles se pratiquent exclusivement entre jeunes.

Notons qu'il ne se crée plus de devinettes ni de proverbes.

e) Les chants

Les chants occupent une place importante dans le répertoire de la littérature orale africaine. Certains ont même défini le chant comme étant "la parure" du verbe. Les chants interviennent à tous les moments de la vie, surtout à l'occasion des cérémonies rituelles (moissons, circoncisions, etc). Décryptés, ils servent aujourd'hui aux ethnologues à situer des événements historiques ou sociaux dans un contexte donné.

1.2- Les transmetteurs de la tradition orale

En Afrique, la transmission de la tradition est l'affaire de tout le monde, surtout si elle doit se répercuter sur l'éducation des enfants. C'est ainsi que la famille proche est impliquée dans le processus de transfert des connaissances au même titre que les griots, vrais professionnels de la parole, mais aussi les conteurs, les chanteurs ou encore les écrivains africains qui, un peu plus tard, se sont efforcés d'intégrer la tradition dans leurs oeuvres.

1.2.1- La famille

- Les parents

Très fréquemment en Afrique, c'est le père qui instruit son fils et la mère, sa fille. Dans certaines sociétés, l'oncle utérin joue un rôle plus important que le père auprès du garçon, celui-ci étant plus libre avec lui qu'avec son père et le questionnant plus volontiers. Le jeune garçon qui accompagne son père ou son oncle au champ, à la chasse ou à la pêche, la fillette qui aide sa mère, qui se rend avec elle au puits, reçoivent non seulement une instruction technique mais toutes sortes d'informations sur le milieu naturel ou la vie sociale, dont le prétexte est généralement trouvé dans la tâche qu'ils sont en train d'accomplir ou les rencontres faites en chemin.

- Les grand-parents

C'est à eux qu'incombe le plus la transmission de la tradition aux enfants en fonction de la sagesse procurée par l'âge mais aussi de leur disponibilité. Ils apparaissent partout comme des agents éducatifs importants dans les domaines qui n'ont pas directement trait à la productivité, et en particulier dans l'enseignement oral. Leur rôle n'est nullement négligeable sur le plan de l'intégration sociale proprement dite. Ils servent de trait d'union entre le passé et le présent. C'est souvent chez eux que va habiter le petit enfant après le sevrage ou quand, à 4 ans, il commence à voir les choses et à poser des questions.

On remarque qu'à l'inverse de la relation qui lie l'enfant à ses parents, ses rapports avec ses grands-parents se caractérisent par une sorte d'égalité, de connivence, d'alliance tacite, de propension à la plaisanterie.

C'est la grand-mère qui est la plus compétente dans la transmission orale des connaisances. En effet, dans toutes les sociétés, la grand-mère est ce personnage carctérisé par une grande tolérance, une expérience humaine qui en fait la "bibliothèque humaine". Elle occupe une place de choix dans la conservation des valeurs traditionnelles. Dans l'Afrique traditionnelle, la grand-mère était la seule habilitée à parler ouvertement de sexe aux enfants, qui en profitaient pour poser toutes sortes de questions.

Il convient toutefois de noter qu'en Afrique tout vieillard peut intervenir dans la transmission de la tradition, qu'il soit ou non le grand-parent de l'initié. Les personnes âgées sont des sources toujours disponibles qui, dégagées des corvées quotidiennes, peuvent mettre leur expérience et leur mémoire au service de l'éducation des enfants.

1.2.2- Les professionnels de la parole

Le griot a de tout temps été considéré comme le détenteur de la parole, par conséquent la mémoire sociale du groupe. Il retient les faits et les événements importants de son temps mais aussi des temps passés, que ses pères lui ont confiés pour qu'il les restitue aux générations futures. C'est ainsi que, véritable professionnel de la parole, le griot veille à leur bonne transmission. On fait appel à lui lors des événements importants pendant lesquels il ne se fait pas prier pour reconstituer la généalogie d'une famille donnée au son de la kora ou d'un autre instrument de musique selon le type de société.Périodiquement, de grandes réunions à caractère ésotérique rassemblent les griots initiés pour des récapitulations de l'histoire des peuples. Lors de ces cérémonies, les plus jeunes d'entre eux acquièrent de nouvelles connaissances. Les aînés leur présentent des sites sacré, tombes ou anciens autels, leur apprennent les systèmes de décompte du temps pour chaque ethnie et les formes anciennes des langues qui permettent aux chefs des sous-groupes de se comprendre.

D'autres agents qui interviennent dans la transmission de la tradition orale sont les conteurs qui ont toujours des messages à véhiculer lors des veillées nocturnes, mais aussi les chanteurs qui puisent à volonté dans le répertoire national.

Un peu plus tard, on retrouvera ce rôle chez les écrivains africains. En effet la peinture de la société traditionnelle est très présente dans l'oeuvre d'un Senghor, d'un Birago Diop ou encore d'un Mamby Sidibé. Même si cette transmission n'est pas faite par le canal oral, elle mérite d'être citée car la finalité demeure : inculquer aux enfants les valeurs traditionnelles.

II- Les enfants d'Afrique sahélienne et les traditions orales

L'attitude des enfants à l'égard de la tradition orale était très positive dans l'Afrique traditionnelle. L'organisation sociale de cette Afrique-là était plus en faveur de la transmission des traditions orales et de l'intérêt des enfants pour ces traditions. Qu'en est-il aujourd'hui ? C'est ce que nous allons essayer de déterminer ci-dessous.

2.1-Situation actuelle

La société traditionnele est très différente de la société moderne. La première est caractérisée par l'esprit de groupe tandis que l'individualisme, conséquence immédiate de l'urbanisation, sévit dans la deuxième. En effet, l'éclatement des familles élargies, l'irruption des modes de vie occidentaux (l'école), les canaux modernes de transmission de l'information (les médias) sont autant d'éléments qui participent de la disparition du phénomène. Il n'y a plus ni griots liés à des familles ou à des clans pour animer les veillées, ni presque plus de kassaks, ni de bois sacrés etc.

Ainsi l'enfant africain, devra se contenter de ce qu'une grand-mère, s'il a la chance de l'avoir dans la maison familiale, pourra bien lui raconter, entre deux leçons apprises. Encore que la majorité des enfants, une fois les leçons apprises et les devoirs faits après l'école, préfèrent regarder la télévision ou jouer avec les voisins.

S'ils sont vraiment intéressés par la tradition, ils pourront se tourner vers les modes de récupération de l'oral qui existent encore. Je veux citer les festivals de conte, le théâtre, les spectacles musicaux télévisés ou les émissions radiophoniques.

Les célèbres "mercredis de Blaise Senghor" méritent d'être cités ici. La bibliothèque du Centre Culturel Blaise Senghor au Sénégal organisait des séances de contes pour les enfants, chaque mercredi après-midi. Le bibliothécaire faisait venir un conteur professionnel qui restituait histoires et jeux traditionnels aux enfants qui, en raffolaient.

Toutefois, même cette admirable initiative n'a pas pu résister à l'écrit. En effet, le mode de transmission actuel le plus courant de la tradition est l'imprimé, à travers le livre ou la presse pour jeunes. Ce qui nous amène à poser un regard plein de curiosité sur la place qu'occupe la tradition orale dans la littérature africaine de jeunesse.

2.2- Place de la tradition orale dans la littérature africaine de jeunesse

La tradition orale a beaucoup inspiré les auteurs africains, en particulier ceux qui écrivent pour les enfants. En effet, de plus en plus, nombre d'auteurs africains font une grande place à la tradition orale dans leurs oeuvres. Toutefois, nous avons choisi de centrer notre réflexxion sur l'oeuvre de Amadou Hampâthé Bâ qui a toujours été connu comme un grand défenseur de la tradition orale africaine.

2.2.1- L'exemple d' Amadou Hampâthé Bâ

Né au Mali en 1900 et mort en 1991 à Abidjan, Amadou Hampâthé Bâ a su s'imposer comme une grande figure de la sagesse et de la culture africaines. Amadou Hampâthé Bâ est surtout connu pour son attachement à la tradition orale, cette tradition que l'on retrouve dans l'ensemble de sa production littéraire de jeunesse.

Citons Kaïdara: récit initiatique peul, Petit Bodiel : conte drôlatique peul, le petit frère d'Amkoulel, la poignée de poussière : contes et récits du Mali ou encore Njeddo Dawal, Mère de la Calamité. Tous ces contes qu'il retransmet aux enfants par le biais de l'écrit, Amadou Hampâthé Bâ les a écoutés dès sa petite enfance, au sein de la maison familiale où vivait l'un des plus grands maîtres de la parole de l'époque : Soulé Bô dit "Koulel", dont il reçut le surnom. "Ce n'est que plus tard, expliquait-il, que le sens spirituel profond de ces contes m'a été révélé"3 d'où son désir de le transmettre aux enfants.

Ce n'est pas par hasard qu'en 1966, Lilyan Kesteloot fut dépêchée par l'UNESCO auprès d'Amadou Hampâthé Bâ pour l'aider à comprendre certains grands textes de la tradition orale, en particulier Kaïdara, récit initiatique des Peuls.

Pleins de sagesse et d'humour, ses contes mettent souvent en scène des animaux et véhiculent toutes les valeurs dignes d'être connues par les jeunes générations.

Notons ainsi que le conte écrit joue un rôle important dans la production éditoriale. Il est une véritable amorce vers la lecture, surtout s'il met en scène des animaux, ce qui est très apprécié des enfants. La preuve, ils préfèrent s'identifier au lièvre, symbole de la ruse plutôt qu'à l'hyène, sotte et avide. Toutefois, les conteurs modernes s'orientent vers des thématiques différentes : lutte contre le racisme, bonne conduite de la chose publique, droit à la différence, éloge de la découvete et du voyage...

2.3-Les valeurs de la tradition orale

Les traditions orales ont toujours une portée didactique. En effet, du conte, au mythe en passant par les proverbes et devinettes et jusqu'aux récits épiques, il y a toujours un enseignement à tirer, une valeur à inculquer à l'enfant.

Les thèmes d'instruction sont plus fournis pour les contes et les proverbes. La signification symbolique émanant de ces deux genres est utilisée sur plusieurs plans: connaissance de la nature, morale, comportement social...

Les héros des contes mettent en évidence un système de valeurs et incarnent, suivant les cas, les vertus qui les mènent à la réussite sociale ou les défauts qui les conduisent à leur perte. Les contes traditionnels africains mettent souvent en scène des animaux et les qualités qu'on veut inculquer aux enfants sont :

  • La prudence indispensable à leur survie, la bonne mémoire, la générosité et la pudeur.
  • La ruse -sous une forme ou une autre- parce qu'elle est indispensable pour se défendre contre les forces brutales et malfaisantes de l'environnement.
  • Une bonne compréhension de la société dans laquelle ils sont appelés à vivre, notamment les attitudes et comportements de ses membres. On veut aider les enfants à trouver leur place dans cette communauté où chacun a une fonction spécifique à remplir. Aussi, la curiosité et l'originalité ne sont-elles pas encouragées.
  • La dignité

En grandissant, les enfants comprennent mieux cette sorte de morale pratique illustrée par les contes. Certaines de ses moralités se retrouvent dans les fables d'Esope et de La Fontaine. Les enfants quant à eux intègrent ces valeurs sans les discuter tant qu'ils sont très jeunes.

De la même façon, on note que les proverbes ont leurs racines dans la tradition qui observe, explique et interprète les faits, les règles de la nature, les comportements humains pour exprimer les relations sociales. Ils tirent leur valeur de la société qui élabore elle-même ses règles de conduite et résiste fortement à tout changement.

Les devinettes jouent également un rôle important dans la formation de l'enfant. Elles permettent de tester son niveau d'intelligence. En effet, "la devinette n'est pas un problème qu'on résout à l'aide des données fournies par l'énoncé, car en fait, il n'y a rien à deviner mais à savoir".

L'épopée n'échappe pas à la règle. Longs et envoûtants, souvent ponctués de chants, les récits épiques en exaltant l'action des héros donnent vie à l'histoire d'un peuple, et inculquent à l'enfant les notions de courage et de dévouement à la communauté.

Il est donc évident que la tradition orale joue un rôle important dans la transmission des connaissances. Ce rôle lui est conféré par le fait qu'elle est profondément imprégnée des réalités culturelles et des valeurs sociales. Toutefois, toutes ces valeurs trouvent-elles leur place dans la société moderne ?

III- Perspectives

A ce stade du texte, la question qu'il convient de se poser est : quel avenir pour les traditions orales ? Les traditions orales appartiennent-elles au passé, ou au contraire peuvent-elles cohabiter avec la culture moderne, scientifique ?

3.1- Culture scientifique et tradition orale

La société moderne se caractérise par un développement scientifique, une avancée technologique indéniables et des attitudes nouvelles : le désir de chercher, de se dépasser, d'innover, d'être profondément soi-même et le goût pour l'intelligence pure..

L'invention des moyens de communication, d'information modernes tels la télévision, la radio, le téléphone, les systèmes d'enseignement ont considérablement bouleversé les habitudes d'antan, bouleversement grandement facilité par l'exode rural.

L'individualisme sévit en milieu urbain, ce qui ne facilite pas du tout la transmission des valeurs véhiculées par les traditions orales. Dans les campagnes même, les voyages vers les villes du pays ou d'ailleurs ont subtilement modifié l'ancien ordre des choses.

Désormais, la pupart des éléments de la tradition orale telles les généalogies, les devises appartiennent au folklore et ses valeurs sont de plus en plus déconnectées du réél. La circoncision par exemple, a perdu son aspect rituel, initiatique pour n'être plus qu'une précaution hygiénique, et dans certaines localités, l'occasion de retrouver les anciennes modalités de circulation des biens et de ressouder la communauté dans des fêtes gigantesques.

Ajoutons-y les performances de la pédagogie moderne dans laquelle tous les moyens sont mis en oeuvre (livres, cassettes, CD-ROM) pour que l'enfant comprenne vite et bien son cours. Ainsi, l'enfant moderne préfère jouer avec un ordinateur à la maison, à la bibliothèque ou à l'école du quartier plutôt que d'essayer de capter les messages voilés d'une voix chenue, cassée par les ans. Il satisfait ainsi une forte aspiration à la modernité et à l'ouverture au reste du monde.

Bref, la cohabitation culture traditionnelle et moderne devient de plus en plus improbable, la deuxième ayant pris l'avantage sur la première. Toutefois ne peut-on passer au tamis les valeurs véhiculées par les traditions orales afin de voir celles qui cadrent le plus avec les besoins de la société actuelle ?

4.2.1- Que faut-il conserver ? Quel avenir ?

De la tradition orale, on devrait conserver les contes, vecteurs de morale sociale et humaine, les récits et les mythes relatifs à la fondation de tel ou tel village par exemple. On pourrait aménager une petite heure du conte dans les écoles, les bibliothèques, de petites conférences de temps à autre.

Les médias sont aussi des moyens privilégiés pour cette tentative de récupération de l'oral, qui pourrait être plus présent dans les émissions radiophoniques et télévisées. Le principe est de populariser davantage ce qui est national et d'éviter ce qui peut être un ferment de division entre familles, clans et tribus et pourrait bien inspirer à quelques-uns des poussées d'ethnocentrisme ou le gôut du repli communautaire.

Enfin, il faudrait réussir à ne pas représenter la tradition orale comme le seul support de nos sociétés, mais montrer qu'il y avait aussi des acquis et des innovations techniques très adaptées aux terroirs et aux besoins des humains d'autrefois, et que l'on doit sauvegarder, discuter et transposer.

Conclusion

Tout au long de ce texte, nous avons essayé de montrer les richesses de la tradition orale, son importance pour l'éducation de l'enfant, et enfin ses limites.

Nous en avons retenu que la tradition orale était étroitement liée à l'éducation de l'enfant dans l'Afrique traditionnelle. Elle était une véritable pédagogie. Toutefois, l'évolution des sociétés, le progrès scientifique lui ont ravi sa place dans l'éducation de l'enfant, même si elle subsiste par bribes.

C'est à ce niveau que le pédagogue moderne doit l'appréhender et chercher à capter les forces et les richesses qu'elle contient encore pour les associer à ses propres méthodes.

NOTES

1 LAYA, Diouldé.-La tradition orale : problématique et méthodologie des sources de l'histoire africaine. Paris : UNESCO, 1972.-(Cultures africaines; 1). p 100

2 HIMA, Mariama.- L'éducation à travers le conte. In : Notre librairie: n 107 (1991, oct-déc). pp 39.

3 HECKMANN, Hélène.-Petite histoire éditoriale. In:Kaïdara /Amadou H. Bâ.-Abidjan:NEI, 1994. p 92.

BIBLIOGRAPHIE

1) CALAME-GRIAULE, Geneviève.- La tradition orale. In: Dossiers pédagogiques n 11-12 (1974, mai-août). pp 4-12.

2) CHEVRIER, Jacques.-Littérature nègre. Paris : A. Colin, 1984.

3) HECKMANN, Hélène.-Petite histoire éditoriale. In: Kaïdara / Amadou H. Bâ.-Abidjan : NEI, 1994. pp 92-94.

4) HECKMANN, Hélène.-Propos d'Amadou Hampâthé Bâ sur la fonction des contes africains. In: Petit Bodiel / Amadou H. Bâ.-Abidjan : NEI, 1987. Pp 83-87.

5) HIMA, Mariama.- L'éducation à travers le conte. In : Notre librairie: n 107 (1991, oct-déc). pp 38-40.

6) LAYA, Diouldé.-La tradition orale : problématique et méthodologie des sources de l'histoire africaine. Paris : UNESCO, 1972.-(Cultures africaines; 1).

7) MOUNKAÏLA, Fatimata.- Aux sources de la littérature orale. In : Notre librairie: n 107 (1991, oct-déc). pp 38-40

8) NDA, Paul.-Proverbes : ordre et désordre : société et individu. In: Notre librairie: n 86 (1987, janv-mar). pp 32-37.

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Latest Revision: July 27, 1999 Copyright © 1995-2000
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