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60th IFLA General Conference - Conference Proceedings - August 21-27, 1994

De l'audiovisuel aux multimédias

Isabelle GIANNATTASIO MAZEAUD
Département de la Phonothèque et de l'Audiovisuel
Bibliothèque nationale de France


ABSTRACT

Après avoir rappelé ce que l'on entend par audiovisuel et par multimédia dans les bibliothèques en terme de documents et d'usages, l'auteur dresse un état de l'art et des problématiques posées par l'avènement des supports multimédias et leur développement éditorial. Les différents supports et configurations techniques sont présentés : vidéodisques et laserdisc, CDI, photo CD, CDTV, CD ROM, DataDiscman, CD XA, et une typologie des produits est proposée, ainsi que les chiffres indicateurs du secteur. Puis sont évoquées les questions posées par les multimédias dans les bibliothèques, tant po ur la constitution et la communication de collections, que par l'utilisation de ces techniques dans un but de conservation, de communication et de mise en valeur de leurs collections originales.


PAPER

DÉFINITIONS

Il est classique de préciser l'objet d'un exposé en définissant les mots de son titre. Quand la Table ronde AV/Média a choisi celui ci en novembre 1993 pour le congrès de l'IFLA 1994, nous avons d'abord voulu insister sur le "de". Il s'agira donc, non d'un exposé technique ou d'une véritable enquête sur les pratiques, mais plutôt d'u n état de l'art et des problématiques posées aux bibliothèques dans un moment charnière de bouleversement éditorial.

Les deux autres mots du titre méritent cependant aussi d'être précisés dans le contexte des bibliothèques.

Par "audiovisuel" on a d'abord entendu de façon pragmatique, en empruntant au vocable anglais "non book material" tout ce qui n'était pas livre ou, de façon encore plus pragmatique, tout document qui nécessite un appareil de lecture. Même si les très anciens cabinets d'estampes et collections de cartes constituaient également une exception au livr e et si, plus récemment les micro films et micro fiches de textes nécessitent eux aussi un appareil de lecture. Sans parler bien sûr de l'édition électronique de textes. Si l'on entend par documents audiovisuels les supports d'enregistrement et de diffusion de sons et/ou d'images, fixes ou animées, leur histoire remonte au XIXè siècle avec l'invention du phonographe d'Edison. Quelques grandes collections patrimoniales se sont constituées, mais il a fallu attendre presqu'un siècle pour que les bibliothèques intègren t véritablement l'audiovisuel et acquièrent des phonogrammes, puis des vidéogrammes, tant pour une consultation sur place que pour le prêt à domicile, rencontrant un succès à la mesure de l'évolution des équipements et des pratiques culturelles des usagers. Deux remarques sur cette expansion de l'audiovisuel dans les bibliothèques.

La première est la spécificité des circuits professionnels. C'est le plus souvent un service ou une section qui est chargé de la collecte ou de l'acquisition, du traitement documentaire et technique, de la conservation et de la communication des collections audiovisuelles. Les compétences, les normes de catalogage, les conditions de conservation, les règl es juridiques, ne sont pas les mêmes que pour l'imprimé, et les matériels sont propres à chaque support. Cette tendance n'a été que renforcée ces dix dernières années par l'implication des services audiovisuels dans les expérimentations utilisant les "nouvelles technologies" telles que les mémoires optiques et la num&eacu te;risation des données et, plus généralement, du développement convergent de l'audiovisuel, de l'informatique et des télécommunications.

Les banques d'images fixes, les vidéothèques robotisées, les bornes interactives en ont été les premières applications.

À l'inverse et en contradiction apparente, se développent un discours sur le multimédia, et une pratique.

En ce qui concerne le discours, le complexe d'OEdipe de l'audiovisuel vis à vis du livre mériterait en soi un colloque. Soulignons simplement que le passage du terme de "bibliothèque" à celui de "médiathèque" est vécu comme un enrichissement de l'offre au public sous deux réserves : celle de la qualité des documents et celle d'un &eac ute;quilibre entre les pratiques. Mais cela n'est pas bien nouveau et les discours sur l'audiovisuel dans les bibliothèques ressemblent étrangement à ceux sur la lecture et les "bons" livres au XIXè siècle.

Le multimédia dans les bibliothèques est cette juxtaposition des supports de la connaissance et des services : discothèques, vidéothèques, laboratoires de langues, logithèques, didacthèques, bases de données qui s'additionnent aux ressources classiques de l'imprimé. Et les pratiques suivent. Mais s'agit il là aussi d'une juxtap osition ou d'une véritable intégration des différents médias dans une même démarche?1 La réponse est variable selon les usagers et les contenus recherchés, mais force est de constater que la pratique indifférenciée de différents médias pour un même "savoir global" ne se met en place que progressivement.

Dans ce contexte, comment appréhender les documents multimédias, qui sont le véritable objet de cet exposé ? Car si les "multimédias multi supports" existent depuis longtemps (un disque et son livret, un livre et une cassette audio, un ensemble pédagogique), la nouveauté des années 1990 est l'intégration sur un même support de textes, d'images et de sons, mettant technologiquement fin au discours sur les préséances et à l'interrogation sur le s pratiques.

1. LES MULTIMEDIAS : SUPPORTS ET PRODUITS

1.1 SUPPORTS ET CONFIGURATIONS

Il n'est pas abusif de commencer par la technique, car c'est bien elle qui détermine les contenus. Il est bien sur possible de n'utiliser les disques optiques que comme une mémoire, très importante grâce à l'utilisation du laser, pour la diffusion de produits existants déjà sur d'autres supports. Ainsi des films et des jeux qui peuvent constituer la base d'un catalogue. Mais la motivation du public pour renouveler ou compléter son équipement doit s'appuyer sur une offre différente. En réunissant sur un même support des fichiers contenant des textes, des sons, des images fixes et animées, et en les organisant au moyen d'un programme informatique, les multimédias permettent l'interactivité, c'est à dire le choix par l'usager de l'ordre de sa consultation.

Images et sons viennent ainsi illustrer et donc renforcer toutes les applications précédemment éprouvées en informatique : bases de données, jeux, Enseignement Assisté par Ordinateur, et autres " AO". Enfin, adaptation de l'hypertexte, l'hypermédia permet de naviguer du texte à l'image, de l'image au son, de la définition à l'illustration, de l'illustration à la prononciation. Le double origine des multimédias, audiosivuelle et informatique, explique les deux "familles" de supports et d'équipements ainsi que les types de produits.

1. 2. L'OFFRE ÉDITORIALE

Il n'est pas question de faire ici une liste des titres, qui ne saurait être ni complète ni à jour, mais de constater quelques grandes tendances. L 'offre est inégale selon les pays, le plus grand nombre de titres étant américains. La France est encore assez peu prÉsente.

Cependant, on observe un démarrage certain qui se traduit par l'engagement des éditeurs "classiques", rejoignant les pionniers qu'ont été les constructeurs (notamment Philips) et les sociétés informatiques (notamment Microsoft). Le premier salon, MILIA (marché international de l'édition et des nouveaux média), tenu à Cannes en janvier 1994 en a été la démonstration.

Des stratégies d'alliances s'établissent entre des détenteurs de contenus (éditeurs, archives d'images et de sons), des constructeurs et des sociétés informatiques qui possèdent le savoir faire technique. En ce qui concerne les produits, on peut ébaucher la typologie suivante :

Références

encyclopédies, dictionnaires
atlas, cartes
guides
annuaires
bibliographies
bases de données qu'ils soient généralistes ou spécialisés.

Culturels

archives textuelles, sonores et visuelles, par thèmes ou chronologiques
beaux arts, musées, archéologie,...
littérature
cinéma
musique
nature, sciences

Formation

Méthodes de langues

Jeunesse

Educatif

Vie pratique

Sports

Jeux

Bibliothèques d'images fixes libres de droits

Les indicateurs du secteur

Extrait de "Le livre et le multimedia", supplément de Livres Hebdo n 99 du 14 1 1994

2. LES MULTIMÉDIAS EN BIBLIOTHÈQUE

Tout ce qui vient d'être dit est très prometteur, et semble annoncer une véritable révolution de l'édition et des usages qui ne peut que concerner les bibliothèques. Cependant, l'expérience de ces dix dernières années incite à la prudence, car le progrès technologique n'est rien s'il ne rencontre pas l'émergence de nouveaux usages, eux mêmes condition du développement industriel.

À cet égard, et pour rester dans le domaine de l'audiovisuel, l'histoire de la photographie, du téléphone, du cinéma, présente beaucoup d'exemples de "détournement" des usages initialement prévus par les inventeurs, de systèmes abandonnés, et de lente gestation de la création et des services. Si la phase des prototypes et de la normalisation est dépassée, il reste plusieurs systèmes en lice, et l'équipement domestique est encore restreint. Avant donc d'envisager des "multimédiathèques de prêt", les bibliothèques peuvent utiliser les multimédias de deux points de vue : en tant que documents, et en tant que technique. Nous al lons les envisager en prenant des exemples français.

2.1 LES DOCUMENTS MULTIMÉDIAS

Sur le plan patrimonial la Bibliothèque nationale de France a reçu par la loi du 20 juin 1992 la mission de collecte, de conservation et de communication des documents multimédias diffusés auprès d'un public, au meme titre que celle concernant les imprimés, les périodiques, les vidéogrammes et les documents informatiques. Le dépô ;t légal des documents multimédias existait déjà pour les "multi supports". La définition en est maintenant étendue aux multimédias "mono support". Comme cela est déjà le cas pour les phonogrammes et les vidéogrammes, la Bibliothèque nationale de France est ainsi un véritable observatoire de l'édition, et constituera une réference pour l'histoire des contenus et des techniques d'enregistrement et de diffusion. Cependant, si la conservation des supports est relativement assurée dans le r espect des normes définies pour les disques optiques, la question des équipements est plus difficile à résoudre. En effet, tant pour la vérification et le traitement documentaire que pour la communication, la Bibliothèque nationale de France va être amenée à constituer un parc d'appareils et de logiciels très diversifié, dont la maintenance peut s'avérer à terme problématique.

D'autre part, la prospection est complexe, du fait de l'émergence de nouveaux acteurs, du bouillonnement et de la dispersion, notamment si l'on considère non seulement les produits commerciaux mais aussi les produits institutionnels.

En ce qui concerne le traitement documentaire, l'AFNOR étudie actuellement une adaptation de la norme ISBD CF (Computer Files), intégrant pour le catalogage des documents numériques mono ou multimédias les éléments de normes nécessaires au traitement des composantes images et sons. En ce qui concerne les bibliothèques publiques, les bibliothèques universitaires et de recherche, plusieurs questions se posent.

Tout d'abord une question de politique documentaire et de responsabilité. Le développement de l'édition multimédia, la standardisation des supports, vont ils déterminer leur intégration à terme dans la chaîne de traitement de l'imprimé? Qui achète actuellement une encyclopédie imprimée l'acheterait égalemen t sur CD ROM. D' ailleurs ces produits peuvent comporter différents supports, comme c'est le cas actuellement de Axis, (Hachette) présenté à la Bibliothèque publique d'information du Centre Georges Pompidou (CD ROM, imprimés, cassettes video). Les bibliothèques d'enfant achèteraient les produits Jeunesse et éducatifs; les laboratoires de langues, les méthodes.

À l'heure actuelle, la veille technologique et en conséquence éditoriale est plutôt effectuée par les services audiovisuels, les logithèques ou didacthèques, les services de bases de données et informatiques, qui ont ainsi l'initiative de l'acquisition, ou souvent du prêt pour démonstration, de tels produits. Là se trouven t les compétences acquises en "nouvelles technologies", qui permettent de connaître les configurations nécessaires aux supports, et d'apprécier l'intérêt des documents en terme d'ergonomie. En ce qui concerne la communication, les multimédias sont généralement présentés sur des postes dédiés, voire des bornes spécifiques. Quand le nombre de titres augmentera, se posera la question d'une diversification de l'utilisation des postes : documents en libre ou semi libre accès, chargement par l'usager ou par un personnel, mise en réseau. Ce problème se pose déjà avec les CD ROM textuels, et est résolu par les mises en réseau.

En ce qui concerne les usages, même si ces produits sont édités à destination d'un "utilisateur final" autonome, il faut prévoir la nécessité d'une assistance pour orienter vers le produit correspondant à la recherche documentaire ou au bon niveau d'apprentissage, et pour aider à l'utilisation de toutes ses potentialités. Enfin se pose la question juridique de communication au public. Question complexe puisque les multimédias pourraient relever de deux "modèles", celui des phonogrammes pour lesquels une autorisation peut être obtenue à titre forfaitaire, celui des vidéogrammes, pour lesquels les autorisations sont obtenues producteur par producteur. Question à étudie r donc, et qui conditionne largement le dévelopement des collections de multimédias dans les bibliothèques.

2.2 LES TECHNIQUES MULTIMÉDIAS

Une bibliothèque peut aussi recourir aux multimédias comme une solution technique pour répondre à différents besoins. En premier lieu il s'agit de la sauvegarde et de la communication de collections originales par leur reproduction sur des mémoires optiques.

Ainsi du vidéodisque" Révolution française" du département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France. Ainsi des programmes de numérisation des collections sonores patrimoniales de la Phonothèque et des collections d'images fixes de la Bibliothèque nationale de France. Ces programmes rejoignent un second objectif qui est la mise en valeur de collections jusque là réservées à des spécialistes pour des raisons de conservation, et qui connaîssent ainsi une diffusion beaucoup plus large. Les bibliothèques patrimoniales constituent en effet des gisements de textes, d'images et de sons, et plus généralement de données, extrêment précieux pour la réalisation de nouveaux produits.

Si elles ont traditionnellement fourni l'édition, le changement d'échelle de la capacité de ces nouveaux supports doit les inciter à une grande vigilance pour ne pas fournir, sans contrepartie, telle que la co édition par exemple, la matière même des multimédias.

NOTRE

1 Cf. JF Barbier-Bouvet et M. Poulain, Publics à l'oeuvre. Pratiques culturelles à la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou, Paris, La Documentation française, 1986.